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Coopération belgo-congolaise: Sophie Wilmès a tort

Au lendemain de la prise des fonctions à la tête de l'Union africaine par Félix Antoine Tshisekedi, Président de la République démocratique du Congo, la Vice-Première ministre belge en charge des Affaires étrangères a, dans un communiqué daté du  lundi 8 février 2021, fait des déclarations qui risquent de jeter le pavé dans la marre de la coopération jusqu'ici aux beaux fixes entre Kinshasa et Bruxelles, sans dire un incident  diplomatique en gestation entre les deux capitales. De prime abord, Sophie Wilmès a, dans ledit communiqué, réitéré le soutien de la Belgique au Président congolais Félix Tshisekedi « dans ses efforts visant à dégager une nouvelle dynamique politique en RDC ». En effet, d'aucuns se souviendront qu'en fin 2020, Félix Tshisekedi mettait fin à la coalition FCC-CACH, pour déboucher ce jour sur la naissance de l'Union sacrée de la Nation, confortant le Chef de l'État congolais d'une majorité parlementaire comme moyen principal de sa politique.

Mais comme en relations internationales rien ne se fait sans conditions, ce soutien du Royaume de Belgique est «conditionné au respect de la Constitution, à l’aboutissement des réformes bénéficiant à la population congolaise, mais aussi à la préparation adéquate du scrutin de 2023 », martèle ce communiqué du ministère belge des Affaires étrangères. D'ores et déjà, des questions valent le coup. D'abord, parlant du respect de la Constitution, la RDC étant un Etat de droit, mais aussi un Etat souverain, il lui revient de veiller sur toutes ses lois, et s'il le faut, inviter le Parlement de la République dont la mission première est de légiférer, de retoucher ce qui doit l'être. Pourvu que les Congolaises et Congolais principalement y trouvent leur compte.

En outre, parler de l'aboutissement des réformes au bénéfice de la population, sous-entend l'assainissement dans tous les secteurs vitaux du pays. Une mission noble, mais de longue haleine, à laquelle s'évertue le président Tshisekedi depuis son avènement à la magistrature suprême en janvier 2019. Mais sans se voiler la face, l'on reconnaîtra que la Constitution de la RDC a été mille et une fois torpillée et taillée sur mesure, au point que plusieurs voix s'élèvent au quotidien, pour en réclamer la révision. Même s'il est souvent hasardeux de changer les règles du jeu en pleine compétition, un référendum constitutionnel est vivement souhaité mieux que jadis lorsque, sous Joseph Kabila, députés et sénateurs avaient révisé plusieurs dispositions de la loi fondamentale, fermant les yeux en cas de violations répétées ou si graves soient-elles.

La goutte à déborder le vase, le péché qui crie en sa défaveur, c'est cet appel de Sophie Wilmès à la préparation adéquate du scrutin de 2023. Ici, il vaut une mise au point, sans mettre la main dans un gant de velours. Le pays n'en est pas encore là. Et le Président de la République n'a pas besoin de dictateur car il s'est toujours voulu respectueux des textes régissant la RDC. Que cela soit dit! Néanmoins, maints observateurs pensent qu'il est des priorités que dans son for intérieur, la Belgique connaît et reconnaît comme une épine sous le pied de Kinshasa d'organiser les élections tant voulues des uns et des autres en 2023, même si c'est encore février 2021 présentement. C'est un secret de Polichinelle, la pandémie du Coronavirus a bousculé plusieurs calendriers dans le monde, comme c'en était dernièrement avec le CHAN CAMEROUN 2020 qui doit inspirer Mme Wilmès. La sécurité des personnes et de leurs biens dans un pays, 80 fois plus grand que la Belgique, sans négliger l'assainissement tous azimuts du cadre politico-économique infesté depuis des décennies. Plus fort que cela, la mise sur pied d'une nouvelle CENI, Commission électorale nationale indépendante, l'identification des nationaux, l'enrôlement des électeurs,... ne pourraient être tenus endéans 2 ans, selon les experts. Et la Belgique le sait, à moins de vouloir pour elle chercher à plaire à une certaine opinion qui ne dit pas ici son nom.

Ces choses méritent réflexion au sein des institutions du pays, avec l'appui des partenaires, tant ce communiqué est le résultat de la rencontre entre Sophie Wilmès et Josep Borrell, Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, consacrée notamment à la situation politique et sécuritaire en RDC et dans la région des Grands Lacs. C'est le lieu de reconnaître avec la Vice-Première ministre belge que son pays est très actif "quand il s’agit de soutenir en RDC le respect des droits humains, la lutte contre la corruption ainsi que la lutte contre l’impunité". Il faut donc du temps pour que cette nouvelle dynamique prenne corps.

Enfin, abordant le chapitre de la prise de rênes de l'UA par le président congolais, la Vice-Première ministre belge a indiqué que son pays, « en tant que partenaire traditionnellement proche de la RDC, se réjouit de soutenir ce pays dans l’exercice de ce mandat majeur ». Ce qu'il faut applaudir de deux mains, sachant que l'un n'exclut pas l'autre.



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