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La musique congolaise en deuil: Brazzos, l’un des derniers musiciens de la Table ronde de Bruxelles, a rendu l’âme

J’ai appris tôt ce matin, par un post de Herman, que le célèbre guitariste Armand Muango dit Brazzos, est décédé ce matin à Kinshasa des suites d’une longue maladie. En fait, on le savait malade depuis plusieurs mois, très malade même. Et il manquait cruellement des ressources pour se faire soigner à Kinshasa comme à l’étranger. Malgré le soutien de sa famille et de quelques mélomanes, la maladie a eu finalement raison de ce merveilleux prestataire de la chanson «Indépendance cha-cha » de l’orchestrer African Jazz en 1960, œuvre devenue à l’époque pratiquement l’hymne de toutes les commémorations des indépendances de nombreux  pays africains sub-sahariens. Il avait exécuté cette chanson avec à ses côtés Kallé Jeff, Vicky Longomba, Nico Kassanda, Dechaux Muamba, Roger Izeidi Mokoy, Petit Pierre… Mais a-t-il bénéficié des droits d’exécution de cette chanson ? Sa triste fin contredit apparemment toute réponse affirmative.

Durant son hospitalisation, Brazzos avait reçu la visite des membres de sa famille, de musiciens et de quelques opérateurs culturels. Quand son état de santé s’est aggravé, des SOS avaient été lancés pour sensibiliser officiels et privés pour la prise en charge médicale de cette icône de la rumba congolaise. L’année passée, de son domicile de Bandalungwa, il avait lancé un appel en direction du gouvernement et aux personnes de bonne volonté pour qu’on lui vienne en aide.

De son vivant, je n’ai jamais approché Brazzos. Mais de nombreux lecteurs de ma chronique m’ont posé des questions sur  lui et j’ai alors effectué des recherches…

Sa virtuosité dans le pincement de la guitare a servi de tremplin pour les chansons de certaines figures de proue de la musique congolaise de se propulser et de trôner pendant longtemps au sommet des hit-parades. Le guitariste Brazzos draine derrière lui un parcours élogieux relaté ici avec précision par notre confrère Clément Ossinondé.

Un parcours élogieux

Armando Brazzos est considéré comme un des meilleurs guitaristes rythmiques de l’histoire de la musique congolaise. Un monument de la rumba moderne. Un artiste confirmé, un guitariste phénoménal qui a maîtrisé à la fois les classiques de la véritable rumba et a innové pour donner une nouvelle dynamique à ce genre musical. Tout comme il s’est montré absolument perspicace dans la pratique de la guitare basse.

De son vrai nom Armando Mwango Fwadi-Maya, “Brazzos” est né à  Léopoldville (Kinshasa) le 21 avril 1935. Cumulativement avec ses études à l’Ecole de l’Armée du Salut et à l’Institut St Joseph de la paroisse Ste Anne, il  embrasse l’apprentissage de la guitare auprès des musiciens angolais de San Salvador ; Freitas, D’Oliveira et Georges Edouard. Ces derniers répétaient dans la parcelle où habitait Brazzos (90. rue Nyanza, commune de Kinshasa).

Plus tard et en 1950 il se lie d’amitié avec les guitaristes Mwamba “Dechaud”, Tino Baroza et Nico Kasanda, proches des éditions Opika. Une collaboration de travail suivra, mais pas pour longtemps, car en 1951 Brazzos se fait embaucher à la Société de Transport Automobile de l’Etat (STA) , préférant exercer sa passion musicale  en amateur et cette fois-ci avec le guitariste Georges Dula, auprès de qui,  il  a approfondi ses connaissances rythmiques.

En 1952, Brazzos intègre les éditions CEFA (Compagnie d’Enregistrement du Folklore Africain) du célèbre guitariste belge Bill Alexandre (le premier à introduire la guitare électrique en 1953 au Congo) Ce dernier parfait sa formation avant de le surnommer “Brazzos”, qui signifie “L’homme aux bras des os”.

Brazzos débute sa carrière à la Firme CEFA comme  guitariste  accompagnateur  aux  côtés  de Roger  Izeidi , Roitelet  Moniania, Vicky  Longomba, Guy Léon Fylla et bien d’autres. Entre 1952 et 1955, Brazzos accompagne des nombreux artistes de l’écurie et contribue à la réussite de plusieurs œuvres à succès. En 1956 et après la fermeture des éditions CEFA, Brazzos intègre les éditions Loningisa où il évolue comme musicien de studio.

A la fin de l’année 1956, et à l’occasion du départ massif de l’OK jazz et des éditions Loningisa des musiciens Essous, Lando Rossignol,  Pandi, Moniania Roitelet et autres pour les éditions Esengo (Rock-A-Mambo), Brazzos intègre l’OK Jazz en même temps que Ganga Edo, Célestin Kouka et Nino Malapet. IL y reste jusqu’à 1959, lorsqu’il est contacté par Joseph Kabasele pour faire partie de l’orchestre African Jazz qui a agrémenté en 1960 la Conférence sur l’Indépendance du Congo à Bruxelles. Il figure comme bassiste à l’enregistrement de la célèbre chanson “Indépendance cha cha”.

Mais auparavant Brazzos a fait partie de la formation de l’orchestre Bantous en création à Kinshasa. Il rétracte après plusieurs séances de répétitions à Kinsuka dans la banlieue de Léopoldville (alors membre de l’Ok Jazz).

Pour la suite on peut noter :

1962 – à la suite d’une grande réconciliation, Brazzos, Vicky Longomba réintègre l’Ok Jazz et par ricochet,  Edo Ganga et Loubelo “De la lune”.

1967 – Brazzos fait partie des dissidents de l’OK Jazz qui ont mis en place l’orchestre “Révolution” avec Kwami, Mujos, Boyibanda et autres.

1969 à 1976 – Brazzos retrouve à nouveau le TP OK Jazz. Puis pour la énième fois, il abandonne la musique pour travailler jusqu’en 2004 comme bureaucrate dans une société privée de Kinshasa. Admis à la retraite, Il évolue désormais à ses heures de loisirs dans le groupe des anciennes gloires “African Ambiance”, jusqu’à ce qu’il tombe malade ces dernières années.

A son palmarès, des œuvres à grand succès et particulièrement dans l’OK Jazz : “Bilia ki yo bikoki”, “Cha cha cha del zombo”, “Nabanzaki Anzelu”, “Fifi nabanzi yo”, “Bozongisa motema”, “Ata okei”, “Como baila to”, “Bolingo na ngai mwana mama”, “Bailamos negro, “Sukola motema olinga”, “Yaka nakoki te “, etc…



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